Témoignage de Catherine Pendelliau pisteuse française

Après avoir été danseuse et chorégraphe professionnelle Catherine Pendelliau se consacre aujourd’hui à l’accompagnement d’adolescents, d’enfants et de familles dans la nature à la découverte du monde vivant et d’eux-mêmes. C’est en cherchant à ajouter une nouvelle compétence à ses ateliers dehors qu’elle a découvert le pistage. Elle a déjà participé à une formation CyberTracker « traces et indices » puis à une formation « traque » avec John Rhyder et enfin à la toute première évaluation CyberTracker en France avec René Nauta, au cours de laquelle elle a obtenu un certificat niveau 1 en lecture de traces et indices.
Je vous invite à lire son témoignage qui porte un regard croisé entre danse, littérature et même psychologie sur cette discipline qu’est le pistage :

J’ai fondé l’association « un monde en moi » pour diffuser des pratiques en lien avec la nature. J’ai invité Thomas à y animer des ateliers de pistage. C’est ainsi que j’ai découvert son approche. Séduite par sa façon de transmettre sa passion, j’ai eu envie de suivre ses stages CyberTracker : l’atelier et l’évaluation « traces et indices » et l’atelier « traque ». On y accède à des clefs de lecture du vivant, on nous transmet un savoir ancestral et on découvre des approches particulières.

Le premier atelier « traces et indices » ouvre la caverne d’Ali Baba : une abondance de signes nous est dévoilée, il y a ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas, ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas.

L’évaluation CyberTracker a énormément nourri ma réflexion et ma pratique de la transmission. Dans notre éducation, l’évaluation est une fin en soi. En pistage, c’est tout le contraire : l’évaluation nous transmet le goût de la pratique autant qu’elle nous permet de valider des connaissances qui s’ancrent en nous, en nous lançant sur un chemin réjouissant et qui est sans fin. L’évaluation est valorisante, interactive, stimulante, elle attise la curiosité.

Au cours du stage de traque, la sensation d’être sur un chemin infini et réjouissant se confirme. On a d’abord l’impression d’être face au vide, puis petit à petit se dessinent les contours d’une piste, de la présence d’un animal. Ce qui se met en mouvement en nous est fascinant : quelque chose se passe qui relève du mystère et qui s’apparente au réel. Le merveilleux fait irruption. Le pistage est une pratique qui vous ancre dans le réel tout en vous donnant l’impression de toucher quelque chose d’insaisissable. L’animal n’apparaît pas forcément, mais s’il apparaît, c’est magique !

Traque de sangliers en février 2020

La certification ou évaluation, c’est à la fois une démarche en cohérence avec l’apprentissage et un véritable jeu de pistes, 50 questions en deux jours, c’est extrêmement concentré. J’ai eu l’impression que cela me donnait à voir mes propres circuits neuronaux en action, de constater si j’étais bien présente et centrée dans mon corps ou non, si j’étais dans le jugement ou non.

Dans la traque, quand on est bien centré dans son corps et présent dans l’instant, l’intuition rentre en jeu. La traque vous met dans une sorte d’énergie instinctive et, avec de la logique et de la méthode, on se sent comme sur des rails. C’est là qu’il faut rester rationnellement en contact avec les traces, réfréner cette énergie qui nous pousse ou nous attire. Il y a un aller-retour entre la partie visible et la partie invisible de la piste. C’est exaltant. Si on sent la jubilation, on est sur la bonne piste. C’est comme une juxtaposition de soi et du monde.

Je connaissais quelques fondamentaux, mais j’étais loin d’être experte. C’est l’approche sensible du pistage qui m’a séduite. J’y ai vu des résonances avec mon expérience de la danse, de ce lien à l’autre, quel qu’il soit et de manière sensible dans un espace partagé. Tisser des liens, avec des éléments, s’y relier, comme dans la chorégraphie, sans outil. C’est la même énergie que je ressens dans la danse, celle qui te met en mouvement, dans une forme de liberté mais avec méthode. Avancer en sentant que des fils nous relient de façon très fine et non pas dirigiste, cela renforce notre existence individuelle et mutuelle.

Je sens que le pistage est un élément fondamental qui a sa place dans toutes les pratiques en lien avec la nature. Les intervenants savent instaurer une relation de confiance. Le pistage demande une certaine humilité et c’est très agréable. Je compte bien continuer et poursuivre au-delà du niveau 1 que j’ai obtenu lors de l’évaluation. J’ai beaucoup apprécié la dynamique de groupe qui s’est créée. Je recommande à tout le monde, en général, de pratiquer le pistage, car cette façon de regarder différemment la forêt est un élément culturel fondamental.

J’ai été surprise de constater à quel point cela m’a fait travailler sur mon approche de l’apprentissage et de l’évaluation. L’hyper-acuité et l’hyper-tranquillité dans lesquelles on se trouve plongé par le pistage nous amènent à une autre pratique du monde, faite de quiétude, tandis que le reste du temps, on est sans cesse fragmentés. Le pistage nous amène à faire travailler en nous des pans entiers que notre humanité a relégués au plus profond de notre être. Il fait appel à des choses tellement enfouies que c’en est vertigineux. Cela me fait penser à ce passage de L’Appel de la forêt, au début du chapitre 6 « Pour l’amour d’un homme » :

« Il était plus âgé que le nombre de ses jours et des battements de son cœur. Il reliait le passé au présent, et l’éternité qui le précédait battait en son sein au même rythme majestueux que celui des saisons et des marées. Il demeurait auprès du feu de John Thornton, ce chien au poitrail large, aux crocs blancs, au pelage fourni ; mais derrière lui se tapissaient les ombres de toutes sortes de chiens, croisés de loups et loups sauvages, qui l’aiguillonnaient, goûtaient la saveur de la chair fraîche dans sa gueule, voulaient étancher leur soif en lapant l’eau avec lui, humaient le vent par ses narines, écoutaient par ses oreilles les bruits de la vie sauvage au cœur des forêts, lui dictaient ses humeurs, dirigeaient ses actions, s’allongeaient pour dormir à ses côtés, et rêvaient avec lui et au-delà de lui jusqu’à devenir l’étoffe même de ses rêves.

Ces ombres lui adressaient des signes si péremptoires que, chaque jour, l’humanité et ses exigences disparaissaient toujours un peu plus à ses yeux. Au plus profond du monde sauvage retentissait un appel, et chaque fois qu’il l’entendait, plein d’un palpitant mystère qui l’attirait, il se sentait obligé de se détourner du foyer et de la terre battue alentour pour s’enfoncer dans la forêt et galoper, galoper, sans savoir ni où ni pourquoi ; il ne se posait pas ces questions, l’appel résonnait impérieux au cœur de cette nature sauvage. Mais chaque fois qu’il atteignait le moelleux tapis du sol vierge et l’ombrage vert, l’amour qu’il éprouvait pour John Thornton le ramenait auprès du feu. »

pp. 93-94. L’appel du monde sauvage, Jack London, La Pléiade.

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