Témoignage d’un pisteur français

Norbert Fond, père de famille et formateur en permaculture :

Photo by René Nauta

« Les animaux sont des instruments joués par le paysage » Tom Brown Jr.

Site de Norbert Fond : Permavisions.fr

J’ai étudié l’anthropologie avant d’entreprendre des études agricoles. Au contact de la culture Malinké en Afrique de l’Ouest, j’ai éprouvé le besoin de me tourner vers ma propre culture et de récupérer des savoirs qui me liaient à mon paysage. Je me suis alors formé à la permaculture, en m’intéressant tout particulièrement aux éléments culturels permettant de favoriser les conditions pour qu’une culture perdure.

Le pistage fait partie de mon quotidien car il s’inscrit dans mes routines quotidiennes de connexion à la nature. Je les pratique depuis ma rencontre avec l’approche des Eight Shields, un modèle qui s’appuie sur des principes communs aux cultures indigènes du monde entier ayant démontré leur capacité à vivre durablement en harmonie avec leur environnement. Cela m’a fait prendre pleinement conscience de ma relation avec les ancêtres et les générations futures.

Le pistage fait partie de notre vie, car sans cesse, nous décodons notre paysage

Le pistage fait partie de notre vie, car sans cesse, nous décodons notre paysage pour y puiser des informations utiles. C’est notre capacité à entrer en relation avec le paysage qui nous a fait prospérer. Prêter attention à notre environnement et comprendre les relations de cause à effet qui s’y jouent est vital pour nous, humains, qui étions tous hier encore des chasseurs-cueilleurs. 

Dans le sens commun, le pistage consiste à « regarder des empreintes ». Mais l’art du pistage est bien plus que cela : il nous prémunit de la distinction entre soi et la nature. L’art du pistage nous enseigne que nous faisons partie de l’écosystème, il nous fait prendre conscience de notre impact sur le milieu. Il nous fait comprendre que « les animaux sont des instruments joués par le paysage » comme le dit Tom Brown Jr. Je suis convaincu que les enfants qui reçoivent dans leur éducation ce cheminement dans la nature, une fois devenus des adultes responsables, prendront véritablement soin de leur environnement car ils auront développé l’empathie nécessaire pour devenir des porte-parole de l’ensemble du vivant. Dans le contexte de changement climatique qui est le nôtre, ces compétences sont utiles et les transmettre est primordial pour préserver les générations futures

Le groupe aide à aller à la racine.

Je piste seul et en groupe. Seul, un pisteur a toujours raison. Tandis qu’en groupe, les interprétations sont multiples, argumenter autour des hypothèses d’identification et les partager est quelque chose de joyeux. Le groupe aide à aller à la racine. En matière de pistage, on a beau arriver à un certain niveau de maîtrise, inévitablement, la nature nous ramène à l’humilité. Tout comme le groupe, qui nous met au défi et nous fait prendre conscience de nos biais. Écouter les autres, recevoir leur perception, permet d’avoir ensemble l’image globale, que l’on n’aurait pas seul.

Partager sa gratitude est une pratique que l’on retrouve dans de nombreux peuples proches de la terre, j’ai compris que cela participait à équilibrer notre biais de négativité. Savoir identifier ce qui ne va pas est une compétence de survie façonnée par la nature, se concentrer sur ce qui est positif permet de relativiser et d’élargir sa perspective et ce savoir-être est transmis par la culture. Lors des stages CyberTracker, il y a de grands moments de révélation. Je tiens ici à exprimer ma sincère reconnaissance envers Thomas qui fait venir d’Angleterre et des Pays-Bas des certificateurs-pisteurs aguerris et nous donne ainsi accès à des savoirs précieux. Non seulement ces formateurs sont des monuments de l’écologie, mais ce sont aussi des personnes particulièrement humbles et accessibles. Nous avons tous et toutes quelque chose à apprendre à leur contact, néophyte ou naturaliste averti.e, chacun.e y trouve des zones fertiles d’apprentissage. Je recommande à tout le monde de suivre ces stages, ils contribuent selon moi à éveiller notre degré de conscience du monde, et ce changement de conscience est vital si l’on souhaite rendre la terre dans un meilleur état que dans celui que nous l’avons trouvé. Il n’y a pas de pré-requis pour participer aux stages CyberTracker, il faut simplement de la curiosité.

J’ai suivi les stages de Traces et indices, de Traque, j’ai passé deux évaluations au cours desquelles j’ai obtenu successivement les niveaux 2 et 3. Récemment, j’ai participé au stage sur « l’art ancestral de valoriser entièrement l’animal ». À chaque fois, c’est une excitation incroyable à l’approche de ces stages car je sais que je vais être comblé par les rencontres et les apprentissages qui nous sont rendus accessibles grâce au travail de Thomas et ses intervenant.es d’exception.

Interview réalisée par Samantha Breitembruch

l’art ancestral de valoriser entièrement l’animal

Techniques archéologiques de l’usage complet d’un animal

L’énergie investie et les risques traversés par nos ancêtres pour chasser un animal à l’aide d’armes primitives de faible portée justifiaient à eux seul l’impératif de ne gâcher aucune partie de cet animal. Mais en plus du sentiment de gratitude extraordinaire que devaient ressentir nos aïeux à la perspective d’un grand repas, il est très probable que la ressource précieuse de matières premières fournies par le corps de cet animal pour l’éclairage, l’habillage, l’outillage ou l’ornementation apparaissait comme une richesse inestimable.

Vous êtes-vous déjà demandé comment nos ancêtres préparaient, transformaient et conservaient les différentes parties d’un animal après la chasse pour ne rien en perdre ?

Ce stage vous propose de vous réapproprier ces techniques. Il vise à vous présenter quelles parties sont utiles pour quelles réalisations artisanales ou pour la consommation et comment les conserver jusqu’à ce qu’elles puissent être utilisées.

Nous utiliserons des outils issus de l’âge de pierre et de l’âge de fer.

Voici quelques exemples de ce qui sera abordé dans ce stage :

  • Organes : prélever, trier et nettoyer les organes comestibles ainsi que les organes utilitaires tels que : la cervelle pour le tannage de la peau, la vessie pour les poches d’eau et les intestins pour le fil.
  • Peau : dépeçage, décharnement, conservation de la peau et fabrication de colle de peau.
  • Viande : découpe de la viande, quelles coupes sont les mieux adaptées aux différentes utilisations. Comment désosser, faire des rôtis, de la viande séchée et du ragoût. Techniques de base de conservation de la viande.
  • Gras : comment clarifier la graisse pour la conserver et quels usage en faire.
  • Os : comment séparer les articulations, les os pour l’alimentation, comment fabriquer des outils à partir d’os tels que : des outils de tannage, des poinçons et des aiguilles, des hameçons, des pointes de harpon et de flèche et des bijoux.
  • Tendons : comment prélever, nettoyer et préserver à la fois les tendons des pattes et du dos et comment les transformer pour en faire du fil à coudre, des cordes d’arc, des liens pour l’emmanchement d’outils, le revêtement du dos d’un arc, etc.
  • Sabots : comment traiter les sabots pour en faire des objets décoratifs ou pour faire de la colle de sabot.
  • Les bois : si l’animal porte des bois, comment les retirer et quelle est la meilleure façon de les travailler.

Le stage dure trois jours complets, ce qui permettra d’aborder un large éventail de techniques mais ne permettra pas la réalisation de projets finis. Le contenu du cours évoluera en fonction du temps, de la météo et des intérêts des participant.e.s !

Attention le stage se déroulera en majeure partie en anglais avec quelques traductions. Un niveau minimum de compréhension de l’anglais est donc recommandé.

(Photo by Matthew Horwood)

Le stage sera animé par Dr. Theresa Emmerich Kamper, archéologue expérimentale.

Theresa est une praticienne passionnée de savoir-faire traditionnels et de technologies primitives. Elle pratique le tannage traditionnel de peaux depuis plus de vingt-cinq ans.

Apprendre à tanner était pour elle la suite logique de la chasse, de la pêche et du piégeage dans les vastes étendues de nature sauvage entourant son État natal du Wyoming aux États-Unis. En cherchant à valoriser autant que possible toute la ressource que représente un animal dans son ensemble, elle est parvenue à produire des cuirs de grande qualité et à renouer avec des savoir-faire ancestraux qui nous relient aux racines de l’humanité.

Dr. Theresa Emmerich Kamper est docteure en archéologie expérimentale à l’Université d’Exeter.

Gardiens du vivant

Cursus d’immersion en nature pour les 15/18 ans

INSCRIPTIONS ET RENSEIGNEMENTS

Sur la piste animale Septembre 2021

Du 23 au 26 septembre 2021 dans la forêt de Saou

Quatre jours de vie sauvage pour rencontrer le pistage animal et une longue tradition de chasseurs cueilleurs. Comme eux, vivez dans les bois, éveillez vos sens, déchiffrez les traces et les indices des animaux, écoutez le chant des oiseaux et des histoires inspirantes, jouez.

Plongez dans l’univers des animaux au coeur du massif de Saou, entre forêts, champs et rivières.

A travers le pistage animal et la vie sauvage, accédez de façon ludique, sensible et technique à des domaines aussi variés que la botanique, l’éthologie, l’orientation, les arts primitifs, l’introspection… Une formidable porte d’entrée vers les compétences vitales inscrites dans nos gênes.

S’inscrire

Au programme du stage de pistage animal

  • Arts de la vie sauvage 
  • Reconnaissance des traces et indices des animaux
  • Imitation des comportements animaux
  • Initiation au langage des oiseaux
  • Jeux d’éveil sensoriel
  • Contes et histoires
  • Pistage intérieur

La transmission s’inscrira dans la lignée du mentorat « coyote » et du modèle des 8 shields proposé par John Young. Formé enfant au pistage animal dans une lignée Apache, John a consacré sa vie d’adulte à pister les éléments communs de peuples de chasseurs cueilleurs de plusieurs continents. Il en a synthétisé les ingrédients culturels qui favorisent le lien à soi, à ses congénères et au reste du monde.

Les intervenants

Thomas Baffault est tondeur de mouton nomade et pisteur animalier. Au contact des bergers, il apprend les plantes, les prédateurs, les abris naturels, la vannerie. Il s’est formé à la « tracker school » de Tom Brown et au sein du réseau CyberTracker dont il organise les certifications en France.

Pascale Laussel auprès d'un chêne vénérable

Pascale Laussel a coordonné pendant 10 ans le Réseau pour les Alternatives Forestières et expérimenté une gestion forestière écologique et solidaire au sein de Dryade qu’elle a initiée. Auteur de Vivre avec la forêt et le bois (2014) et Agir ensemble en forêt (2018), elle accompagne désormais des groupes à la rencontre de la forêt et construit des aménagements bois intégrés à la forêt. Elle est formée à la communication non violente et au mentorat coyote.

Modalités pratiques

Pour adultes et enfants accompagnés (à partir de 14 ans). Démarrage le 8 à 9h, clôture le 11 à 15h.
Hébergement sous la canopée, avec toile ou à la belle étoile. Se munir d’un duvet et d’un matelas, d’une tente ou d’une bâche.
La cuisine sera faite sur le feu, collectivement à partir des aliments apportés par les participants. Les déjeuners sont susceptibles d’être emportés dans le sac à dos. Chacun apportera un ensemble assiette, couverts, verre, bol – à sa convenance.
Prendre également un maillot, une serviette de toilette et des produits de toilette 100% naturel. Eventuellement un siège pliable, un petit tapis et un coussin pour s’assoir confortablement.
Prévoir des chaussures tous terrains et des vêtements chauds et imperméables, une gourde ou un thermos, un sac à dos. Un couteau, un carnet et un crayon, loupe et jumelles.

Inscription et tarif

350€ l’encadrement, l’accès au lieu et à la logistique.

Renseignements : 06.26.69.25.88 ou contact@dryade26.org S’inscrire

Pistage et survie

Les techniques de survie enseignées au CEETS sont efficaces, solides et pragmatiques. Ces techniques construisent un base de confiance pour arpenter des terrains variés en toute sécurité.
Et quand la question du risque est réglée et assimilée, c’est le moment ou l’acuité peut se développer toute entière vers de nouvelles expériences du monde à l’entoure, c’est le moment de faire sereinement connaissance avec les animaux dont la présence s’écrit au sol et sur les végétaux ….

N1 + PISTAGE

Trois journées de stage, deux approches qui se rencontrent, s’initier aux essentiels de l’autonomie nature, se familiariser avec l’environnement et savoir lire les traces de vie qui nous entourent. Un apprentissage doux et méthodique de l’immersion en nature .

 Formulaire d’inscription :

Objectifs du stage  :

D’une part, ce stage est conçu pour vous transmettre les fondamentaux de la vie et de la gestion de risques en milieu naturel, tous biotopes confondus
D’autre part, avec Thomas Baffault, pisteur professionnel, il est une introduction solide et méthodique aux techniques de pistage et compétences afférentes (perception, déplacement, immersion…).
Notre défi est de vous fournir les connaissances les plus utiles et les plus réalistes possibles en trois jours et deux nuits de stage .
À ce niveau, les stagiaires utilisent encore tout leur matériel. Ils apprennent à l’utiliser de manière optimale, et découvrent comment s’en passer. Les purs néophytes y trouveront les bases essentielles pour préparer une rando ou un voyage nature… Les vieux routards y trouveront des outils qui viendront démultiplier les bénéfices de leur expérience déjà acquise.
Par delà les gestes d’anticipation et de prévoyance que nous enseignons habituellement, il nous a semblé intéressant de proposer avec Thomas Baffault un enseignement complémentaire, celui du pistage.
Apprendre à pister c’est apprendre à re-voir la nature, à se fondre dans l’environnement et par conséquent à mieux y vivre. C’est être capable d’y trouver les indices du possible de la vie sauvage. Voies animales, qui sont autant de signes de points d’eau potentiels, de pistes accessibles, révélation des écosystèmes présents mais invisibles, compréhension des dynamiques naturelles, des géographies et des espaces etc..
C’est aussi l’introduction à une discipline exigeante dont la pratique laisse peu de répit : il faut être capable de fonctionner correctement et efficacement sur le terrain pour s’y adonner. En combiner l’enseignement à celui de techniques de vie sauvage, bivouac etc. nous a donc semblé être une évidence. À ce titre également, par la diversité de nos approches, notre partenariat avec Thomas Baffault va s’avérer riche en enseignements !
Un stage conçu pour ceux qui veulent aller plus loin, expérimenter une approche en pleine harmonie avec le milieu naturel et une approche de l’outdoor intégrée à la nature

Autonomie Nature

  • Bases théoriques
    Les priorités en survie, définition d’une situation de survie, gestion du risque.
  • Stress et gestion du stress
  • Premiers secours
  • Régulation thermique
    Lutter contre le chaud ou le froid, selon la saison,
    Principes de base, abris de fortune, vêtements
  • Feu
    Législation, méthode pour réussir en toutes conditions, sécuriser.
    Techniques de bivouac avec matériel
    Optimiser l’utilisation d’un sac de couchage, montage efficace d’abri, nœuds de bivouac.
  • L’eau
    Physiologie de l’hydratation, traitement de l’eau
  • Hygiène
  • Hygiène personnelle et de groupe, les tiques et et leurs maladies transmissibles à l’Homme.
  • Lecture de carte et orientation
  • Le concept « sans trace »
    Gérer ses déchets, réduire son impact, respecter l’environnement.
  • Couteau
  • Prévention des accidents, utilisation optimale d’un petit couteau à lame fixe.
  • Gestion du sac à dos et du matériel
  • Kits de survie
  • Concevoir son propre kit de survie

Difficulté ?

Avec le bon matériel (liste fournie) et une attitude active, les stages ne présentent aucune difficulté physique pour un adulte en bonne santé et avec une condition physique moyenne. Une mauvaise météo peut rendre le stage moins confortable, mais notre but est de vous faire rester au maximum dans votre zone de confort thermique pour que vous puissiez vous concentrer sereinement sur les apprentissages.

Durée :

3 jours + 2 nuit (sauf stages avec module supplémentaire)

Tarif :

420 €

Les stagiaires :

14 participants maximum
Obligatoirement majeurs
Certificat médical valide
En bonne santé mentale et physique

Encadrement :

Julien Imbert, Moniteur CEETS

Thomas Baffaut, Pisteur

Témoignage de Catherine Pendelliau pisteuse française

Après avoir été danseuse et chorégraphe professionnelle Catherine Pendelliau se consacre aujourd’hui à l’accompagnement d’adolescents, d’enfants et de familles dans la nature à la découverte du monde vivant et d’eux-mêmes. C’est en cherchant à ajouter une nouvelle compétence à ses ateliers dehors qu’elle a découvert le pistage. Elle a déjà participé à une formation CyberTracker « traces et indices » puis à une formation « traque » avec John Rhyder et enfin à la toute première évaluation CyberTracker en France avec René Nauta, au cours de laquelle elle a obtenu un certificat niveau 1 en lecture de traces et indices.
Je vous invite à lire son témoignage qui porte un regard croisé entre danse, littérature et même psychologie sur cette discipline qu’est le pistage :

J’ai fondé l’association « un monde en moi » pour diffuser des pratiques en lien avec la nature. J’ai invité Thomas à y animer des ateliers de pistage. C’est ainsi que j’ai découvert son approche. Séduite par sa façon de transmettre sa passion, j’ai eu envie de suivre ses stages CyberTracker : l’atelier et l’évaluation « traces et indices » et l’atelier « traque ». On y accède à des clefs de lecture du vivant, on nous transmet un savoir ancestral et on découvre des approches particulières.

Le premier atelier « traces et indices » ouvre la caverne d’Ali Baba : une abondance de signes nous est dévoilée, il y a ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas, ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas.

L’évaluation CyberTracker a énormément nourri ma réflexion et ma pratique de la transmission. Dans notre éducation, l’évaluation est une fin en soi. En pistage, c’est tout le contraire : l’évaluation nous transmet le goût de la pratique autant qu’elle nous permet de valider des connaissances qui s’ancrent en nous, en nous lançant sur un chemin réjouissant et qui est sans fin. L’évaluation est valorisante, interactive, stimulante, elle attise la curiosité.

Au cours du stage de traque, la sensation d’être sur un chemin infini et réjouissant se confirme. On a d’abord l’impression d’être face au vide, puis petit à petit se dessinent les contours d’une piste, de la présence d’un animal. Ce qui se met en mouvement en nous est fascinant : quelque chose se passe qui relève du mystère et qui s’apparente au réel. Le merveilleux fait irruption. Le pistage est une pratique qui vous ancre dans le réel tout en vous donnant l’impression de toucher quelque chose d’insaisissable. L’animal n’apparaît pas forcément, mais s’il apparaît, c’est magique !

Traque de sangliers en février 2020

La certification ou évaluation, c’est à la fois une démarche en cohérence avec l’apprentissage et un véritable jeu de pistes, 50 questions en deux jours, c’est extrêmement concentré. J’ai eu l’impression que cela me donnait à voir mes propres circuits neuronaux en action, de constater si j’étais bien présente et centrée dans mon corps ou non, si j’étais dans le jugement ou non.

Dans la traque, quand on est bien centré dans son corps et présent dans l’instant, l’intuition rentre en jeu. La traque vous met dans une sorte d’énergie instinctive et, avec de la logique et de la méthode, on se sent comme sur des rails. C’est là qu’il faut rester rationnellement en contact avec les traces, réfréner cette énergie qui nous pousse ou nous attire. Il y a un aller-retour entre la partie visible et la partie invisible de la piste. C’est exaltant. Si on sent la jubilation, on est sur la bonne piste. C’est comme une juxtaposition de soi et du monde.

Je connaissais quelques fondamentaux, mais j’étais loin d’être experte. C’est l’approche sensible du pistage qui m’a séduite. J’y ai vu des résonances avec mon expérience de la danse, de ce lien à l’autre, quel qu’il soit et de manière sensible dans un espace partagé. Tisser des liens, avec des éléments, s’y relier, comme dans la chorégraphie, sans outil. C’est la même énergie que je ressens dans la danse, celle qui te met en mouvement, dans une forme de liberté mais avec méthode. Avancer en sentant que des fils nous relient de façon très fine et non pas dirigiste, cela renforce notre existence individuelle et mutuelle.

Je sens que le pistage est un élément fondamental qui a sa place dans toutes les pratiques en lien avec la nature. Les intervenants savent instaurer une relation de confiance. Le pistage demande une certaine humilité et c’est très agréable. Je compte bien continuer et poursuivre au-delà du niveau 1 que j’ai obtenu lors de l’évaluation. J’ai beaucoup apprécié la dynamique de groupe qui s’est créée. Je recommande à tout le monde, en général, de pratiquer le pistage, car cette façon de regarder différemment la forêt est un élément culturel fondamental.

J’ai été surprise de constater à quel point cela m’a fait travailler sur mon approche de l’apprentissage et de l’évaluation. L’hyper-acuité et l’hyper-tranquillité dans lesquelles on se trouve plongé par le pistage nous amènent à une autre pratique du monde, faite de quiétude, tandis que le reste du temps, on est sans cesse fragmentés. Le pistage nous amène à faire travailler en nous des pans entiers que notre humanité a relégués au plus profond de notre être. Il fait appel à des choses tellement enfouies que c’en est vertigineux. Cela me fait penser à ce passage de L’Appel de la forêt, au début du chapitre 6 « Pour l’amour d’un homme » :

« Il était plus âgé que le nombre de ses jours et des battements de son cœur. Il reliait le passé au présent, et l’éternité qui le précédait battait en son sein au même rythme majestueux que celui des saisons et des marées. Il demeurait auprès du feu de John Thornton, ce chien au poitrail large, aux crocs blancs, au pelage fourni ; mais derrière lui se tapissaient les ombres de toutes sortes de chiens, croisés de loups et loups sauvages, qui l’aiguillonnaient, goûtaient la saveur de la chair fraîche dans sa gueule, voulaient étancher leur soif en lapant l’eau avec lui, humaient le vent par ses narines, écoutaient par ses oreilles les bruits de la vie sauvage au cœur des forêts, lui dictaient ses humeurs, dirigeaient ses actions, s’allongeaient pour dormir à ses côtés, et rêvaient avec lui et au-delà de lui jusqu’à devenir l’étoffe même de ses rêves.

Ces ombres lui adressaient des signes si péremptoires que, chaque jour, l’humanité et ses exigences disparaissaient toujours un peu plus à ses yeux. Au plus profond du monde sauvage retentissait un appel, et chaque fois qu’il l’entendait, plein d’un palpitant mystère qui l’attirait, il se sentait obligé de se détourner du foyer et de la terre battue alentour pour s’enfoncer dans la forêt et galoper, galoper, sans savoir ni où ni pourquoi ; il ne se posait pas ces questions, l’appel résonnait impérieux au cœur de cette nature sauvage. Mais chaque fois qu’il atteignait le moelleux tapis du sol vierge et l’ombrage vert, l’amour qu’il éprouvait pour John Thornton le ramenait auprès du feu. »

pp. 93-94. L’appel du monde sauvage, Jack London, La Pléiade.

Pister avec la vision de « la chouette »

L’un des outils les plus efficaces pour se mettre au rythme de la forêt et augmenter son acuité générale est l’activation volontaire de la vision périphérique. Elle permet de quitter la « vision tunnel » dont nous sommes coutumier en demandant littéralement à notre cerveau de traiter en priorité les informations « annexes » ou périphériques.

Dans cette vidéo je vous explique comment au moyen d’un simple exercice vous pouvez activer cette « vision de la chouette »

Sur la piste du cerf

J’inaugure ici une série de vidéos de pistage pour partager avec vous cette discipline ancestrale tellement captivante.

Cette première vidéo est consacrée à la pratique de la traque (trailing en anglais) et vous fait partager le plaisir et l’excitation de suivre les empreintes fraîches d’un cerf dans une forêt proche de Paris. Certaines empreintes sont faciles à distinguer, par exemple lorsque nous croisons des sentiers de sable mou et d’autres sont particulièrement complexes, notamment sur le sol forestier couvert de feuilles.

En prenant le temps n’importe qui peut distinguer ces empreintes mais cela nécessite une attention très soutenue. Progressivement on se constitue une bibliothèque mentale de références et lorsque les empreintes deviennent subtiles la détection de l’empreinte suivante se base sur des perturbations ténues du sol : formes, humidité, couleur, contraste, granulométrie, altération de la végétation…

« Tous les pisteurs perdent la piste. La différence entre le pisteur débutant et le pisteur expérimenté c’est que le pisteur débutant abandonne alors que le pisteur expérimenté persévère jusqu’à la retrouver « 

Citation entendue dans plusieurs formations et tellement vraie ! quand on débute on fait face à des phases d’abattement total et d’épuisement visuel jamais expérimentés auparavant où l’on devient notre propre obstacle à la récupération de la piste. La traque devient alors une introspection révélatrice.

Sur la piste animale

Du 10 au 13 décembre 2020 au pied du Vercors, à Gigors et Lozeron

Partez à la rencontre du pistage animalier et d’une longue tradition de chasseurs cueilleurs. Comme eux, éveillez vos sens, déchiffrez les traces et les indices des animaux, écoutez le chant des oiseaux, approchez furtivement, écoutez des histoires inspirantes, jouez.

Plongez dans l’univers des animaux sur les contreforts du plateau du Vercors, entre forêts, champs et rivières. Chamois, cerfs, loups, aigles y ont établi leurs territoires.

A travers le pistage animalier, accédez de façon ludique, sensible et technique à des domaines aussi variés que la botanique, l’éthologie, l’orientation, la construction d’abris, l’introspection… Une formidable porte d’entrée vers les compétences vitales inscrites dans nos gênes. S’inscrire

Au programme du stage de pistage animal

  • Reconnaissance des traces et indices des animaux
  • Imitation des comportements animaux
  • Initiation au langage des oiseaux
  • Jeux d’éveil sensoriel
  • Contes et histoires de pistage
  • Pistage intérieur

La transmission s’inscrira dans la lignée du mentorat « coyote » et du modèle des 8 shields proposé par John Young. Formé enfant au pistage animal dans une lignée Apache, John a consacré sa vie d’adulte à pister les éléments communs de peuples de chasseurs cueilleurs de plusieurs continents. Il en a synthétisé les ingrédients culturels qui favorisent le lien à soi, à ses congénères et au reste du monde.

Les intervenants

Thomas Baffault est tondeur de mouton nomade et pisteur animalier. Au contact des bergers, il apprend les plantes, les prédateurs, les abris naturels, la vannerie. Il s’est formé à la « tracker school » de Tom Brown et au sein du réseau CyberTracker dont il organise les certifications en France.

Pascale Laussel auprès d'un chêne vénérable

Pascale Laussel a coordonné pendant 10 ans le Réseau pour les Alternatives Forestières et expérimenté une gestion forestière écologique et solidaire au sein de Dryade qu’elle a initiée. Auteur de Vivre avec la forêt et le bois (2014) et Agir ensemble en forêt (2018), elle accompagne désormais des groupes à la rencontre de la forêt et construit des aménagements bois intégrés à la forêt. Elle est formée à la communication non violente et au mentorat coyote.

Modalités pratiques

Pour adultes et enfants accompagnés (à partir de 14 ans).
Hébergement au gîte de Charousse à Gigors et Lozeron. Se munir d’un duvet ou drap du dessus, ainsi que d’une serviette de toilette.
La cuisine sera collective à partir des aliments apportés par les participants. Les déjeuners sont susceptibles d’être emportés dans le sac à dos.
Pour les sorties, prévoir des chaussures tous terrains chaudes et des vêtements de saison chauds et imperméables, une gourde ou un thermos, un sac à dos.

Inscription et tarif

  • 290€ pour l’encadrement
  • 80€ pour l’hébergement en chambre partagée. Compter 20€ supplémentaires pour la nuit du 9 décembre.

Renseignements : 06.26.69.25.88 ou contact@dryade26.org

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Connexion à la Nature et Pistage Animalier

Du 10 au 14 Février 2021 – Naussanes, Dordogne

Geoffrey Crespel, des Samedis Sauvages, et Thomas Baffault, pisteur certifié, vous emmènent en forêt pour 4 jours et 4 nuits.

L’intention de ce stage est de vous partager notre passion pour le vivant et particulièrement, pour le pistage animalier. Notre passion aussi pour la vie dans les bois et pour les techniques qui permettent de s’y sentir à la maison, par tous les temps.

Vous appréhenderez la vie dans les bois en hiver et découvrirez qu’il est possible de s’y sentir bien. D’une certaine manière, vous irez explorer les limites de votre zone de confort, avec l’intention pour nous de vous accompagner pour que cette zone puisse doucement s’élargir.

Vous découvrirez donc l’art du feu ancestral, des techniques de tressage qui vous permettront de réaliser des cordages avec des fibres naturelles. Des techniques de façonnage du bois pour réaliser à l’aide du feu des contenants pérennes. Et puis, vous irez à la découverte et a à la recherche des traces et des indices que laissent les animaux chaque fois qu’ils se déplacent.

A ce sujet, nous vous partagerons des histoires sur des peuples natifs qui ont au cœur de leurs cultures la pratique du pistage.

Toutes ces propositions auront pour effet de vous reconnecter à la nature.

Nous serons en plein hiver, période de dormance et de repos. A l’image de la nature qui fait son compostage, nous vous accompagnerons dans des pratiques de pistage intérieur. Avec le soutien du vivant, nous lèverons ensemble le voile sur certaines de nos croyances.

Ces propositions auront pour intention de vous connecter à vous mêmes, et aux autres.

Plus qu’un enseignement qui vous sera apporté, c’est par les expériences à partager ensemble que se tisseront les liens ensommeillés que chacun de nous porte avec la nature.


Conditions :

Le stage dure 4 jours et 4 nuits. Il est ouvert aux adultes. Vous arrivez le 10 en début d’après midi et nous nous séparons le 14, à midi. Il se déroule à Naussanes, en Dordogne. Nous dormirons dans la forêt, autour d’un feu central. Vous êtes invités à choisir et amener précautionneusement votre matériel pour vous assurer le confort dont vous avez besoin. Les repas seront préparés collectivement autour du feu avec ce que chacun aura amené. Pour cela, nous disposons d’un kiosque couvert et d’une cuisine forestière.

Pour tout cela, une liste détaillée vous sera envoyée après inscription.

Le coût du stage est de 320 euros.

Billets

inscriptions ici

Pour une qualité d’accompagnement, nous limitons le nombre de participants à 14.

Si cette proposition pique votre curiosité et que vous sentez l’appel mais que votre budget est limité, n’hésitez pas nous contacter.


Contacts :

Geoffrey Crespel : 06 81 75 32 86 et contact@samedisauvages.org

Thomas : 06 76 33 60 76 et thomasbaffault@hotmail.fr / https://coureurdesbois.net/


Nos inspirations :

C’est à un long lignage de mentors que l’on doit « La Pédagogie du Coyote » qui a été formulée notamment par Jon Young, dans le « Coyote’s Guide ».
Enfant, Jon Young fût mentoré par Tom Brown, pisteur émérite, qui lui même l’avait été par Stalking Wolf, apache devenu chamane. Il a donc vécu, très jeune, une connexion intense à son environnement.

Étudiant, il a voyagé pour rencontrer différents peuples qui vivent encore auprès de la nature sauvage et y a repéré de nombreux points communs. C’est une synthèse de ce qu’il a observé qu’il livre dans le « Coyote’s Guide » et dont s’inspire aujourd’hui plusieurs écoles aux USA et au Canada, dont Wisdom of the Earth, celle d’Ingrid Bauer et Jean-Claude Carty, mes mentors.

Dans ces écoles, les enfants et les adultes font l’expérience d’une connexion profonde à la nature, à soi et aux autres. Par la pratique de différentes routines, ils amènent leurs publics à réveiller leur curiosité et leurs instincts, à chercher par eux mêmes les réponses et encouragent à la reconstruction des communautés humaines, dans le respect du vivant.


Notre Histoire :

Geoffrey : « C’est il y a 4 ans maintenant, lors d’une sortie dans les bois, que s’est réveillé en moi l’appel de la nature sauvage. J’ai profondément ressenti une invitation à dégraisser la vie pour redonner la place à nos ancestralités qui nous ont fait Homme.
En 2018, j’ai eu la chance de rencontrer Ingrid Bauer et Jean-Claude Catry.
C’est auprès d’eux qui j’ai suivi trois stages et au travers desquels l’appel s’est approfondi. J’ai terminé cette année à leurs côtés une formation sur la pédagogie du Mentorat. C’est avec ces outils que j’expérimente moi même chaque jour que je vous accompagnerai. »

Thomas :

Tondeur de moutons depuis maintenant 14 ans, je fréquente quotidiennement les bergers dont certains ont été des mentors essentiels pour moi. Ils m’ont montré un chemin très simple de la compréhension intime des cycles de la vie. A leur contact je me suis aperçu que les savoirs de subsistance en lien direct avec la nature procurent une sérénité profondément vertueuse, inscrite dans nos gènes. C’est cette recherche de nos compétences ancestrales qui m’a conduit à apprendre le pistage, la vannerie, les plantes sauvages et à décider de les transmettre. Le pistage est pour moi une formidable porte d’entrée vers toutes les aptitudes à la vie dehors : l’orientation, la construction d’abris, l’éveil des sens, l’introspection, l’attention aux autres.