Témoignage d’un pisteur français

Norbert Fond, père de famille et formateur en permaculture :

Photo by René Nauta

« Les animaux sont des instruments joués par le paysage » Tom Brown Jr.

Site de Norbert Fond : Permavisions.fr

J’ai étudié l’anthropologie avant d’entreprendre des études agricoles. Au contact de la culture Malinké en Afrique de l’Ouest, j’ai éprouvé le besoin de me tourner vers ma propre culture et de récupérer des savoirs qui me liaient à mon paysage. Je me suis alors formé à la permaculture, en m’intéressant tout particulièrement aux éléments culturels permettant de favoriser les conditions pour qu’une culture perdure.

Le pistage fait partie de mon quotidien car il s’inscrit dans mes routines quotidiennes de connexion à la nature. Je les pratique depuis ma rencontre avec l’approche des Eight Shields, un modèle qui s’appuie sur des principes communs aux cultures indigènes du monde entier ayant démontré leur capacité à vivre durablement en harmonie avec leur environnement. Cela m’a fait prendre pleinement conscience de ma relation avec les ancêtres et les générations futures.

Le pistage fait partie de notre vie, car sans cesse, nous décodons notre paysage

Le pistage fait partie de notre vie, car sans cesse, nous décodons notre paysage pour y puiser des informations utiles. C’est notre capacité à entrer en relation avec le paysage qui nous a fait prospérer. Prêter attention à notre environnement et comprendre les relations de cause à effet qui s’y jouent est vital pour nous, humains, qui étions tous hier encore des chasseurs-cueilleurs. 

Dans le sens commun, le pistage consiste à « regarder des empreintes ». Mais l’art du pistage est bien plus que cela : il nous prémunit de la distinction entre soi et la nature. L’art du pistage nous enseigne que nous faisons partie de l’écosystème, il nous fait prendre conscience de notre impact sur le milieu. Il nous fait comprendre que « les animaux sont des instruments joués par le paysage » comme le dit Tom Brown Jr. Je suis convaincu que les enfants qui reçoivent dans leur éducation ce cheminement dans la nature, une fois devenus des adultes responsables, prendront véritablement soin de leur environnement car ils auront développé l’empathie nécessaire pour devenir des porte-parole de l’ensemble du vivant. Dans le contexte de changement climatique qui est le nôtre, ces compétences sont utiles et les transmettre est primordial pour préserver les générations futures

Le groupe aide à aller à la racine.

Je piste seul et en groupe. Seul, un pisteur a toujours raison. Tandis qu’en groupe, les interprétations sont multiples, argumenter autour des hypothèses d’identification et les partager est quelque chose de joyeux. Le groupe aide à aller à la racine. En matière de pistage, on a beau arriver à un certain niveau de maîtrise, inévitablement, la nature nous ramène à l’humilité. Tout comme le groupe, qui nous met au défi et nous fait prendre conscience de nos biais. Écouter les autres, recevoir leur perception, permet d’avoir ensemble l’image globale, que l’on n’aurait pas seul.

Partager sa gratitude est une pratique que l’on retrouve dans de nombreux peuples proches de la terre, j’ai compris que cela participait à équilibrer notre biais de négativité. Savoir identifier ce qui ne va pas est une compétence de survie façonnée par la nature, se concentrer sur ce qui est positif permet de relativiser et d’élargir sa perspective et ce savoir-être est transmis par la culture. Lors des stages CyberTracker, il y a de grands moments de révélation. Je tiens ici à exprimer ma sincère reconnaissance envers Thomas qui fait venir d’Angleterre et des Pays-Bas des certificateurs-pisteurs aguerris et nous donne ainsi accès à des savoirs précieux. Non seulement ces formateurs sont des monuments de l’écologie, mais ce sont aussi des personnes particulièrement humbles et accessibles. Nous avons tous et toutes quelque chose à apprendre à leur contact, néophyte ou naturaliste averti.e, chacun.e y trouve des zones fertiles d’apprentissage. Je recommande à tout le monde de suivre ces stages, ils contribuent selon moi à éveiller notre degré de conscience du monde, et ce changement de conscience est vital si l’on souhaite rendre la terre dans un meilleur état que dans celui que nous l’avons trouvé. Il n’y a pas de pré-requis pour participer aux stages CyberTracker, il faut simplement de la curiosité.

J’ai suivi les stages de Traces et indices, de Traque, j’ai passé deux évaluations au cours desquelles j’ai obtenu successivement les niveaux 2 et 3. Récemment, j’ai participé au stage sur « l’art ancestral de valoriser entièrement l’animal ». À chaque fois, c’est une excitation incroyable à l’approche de ces stages car je sais que je vais être comblé par les rencontres et les apprentissages qui nous sont rendus accessibles grâce au travail de Thomas et ses intervenant.es d’exception.

Interview réalisée par Samantha Breitembruch

Un commentaire sur “Témoignage d’un pisteur français

  1. Merci Norbert pour ce témoignage précieux. C’est bon d’entendre ta parole claire et profonde. Et toute ma gratitude à ton engagement dans la régénération culturelle.

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